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Laits infantiles: un rapport parlementaire pointe les "lacunes" de l'Etat et des industriels
information fournie par AFP 19/05/2026 à 19:46

Du lait infantile en poudre le 29 janvier 2026 à Quimper ( AFP / Fred TANNEAU )

Du lait infantile en poudre le 29 janvier 2026 à Quimper ( AFP / Fred TANNEAU )

Manque de contrôle et de surveillance, réaction trop lente et communication tardive: un rapport parlementaire sur l'affaire des laits infantiles relève mardi des "lacunes" de l'Etat et des industriels et demandent qu'elles soient "impérativement prises en compte".

Ce rapport est "attendu par les familles" et permet de "comprendre ce qu'il s'est passé" et établir "les dysfonctionnements", dit à l'AFP la députée Mathilde Hignet (LFI), co-rapporteure d'une mission flash avec le député Michel Lauzzana (Renaissance).

L'affaire des laits infantiles avait débuté en décembre 2025 avec le rappel par Nestlé de dizaines de lots dans une soixantaine de pays à cause de la présence potentielle de céréulide, toxine pouvant provoquer des vomissements dangereux chez un nouveau né. Une cascade de rappels similaires par des industriels comme Danone ou Lactalis et de plus petits acteurs a suivi.

Point commun: un ingrédient - une huile riche en acide arachidonique (ARA) - fourni par le même sous-traitant chinois.

Des familles et associations ont accusé les fabricants d'avoir tardé dans leurs rappels et l'Etat de s'être excessivement reposé sur leur bonne volonté.

"La crise des laits infantiles révèle certaines lacunes qui doivent impérativement être prises en compte à l'avenir", écrivent les rapporteurs.

"On voit bien qu'il y a eu un problème", pointe Mathilde Hignet, expliquant que Nestlé, après avoir appris que la contamination provenait de l'huile ARA le 24 décembre, n'a informé les industriels que le 30 décembre puis les autorités françaises le 5 janvier.

La loi Egalim impose d'aviser immédiatement les autorités d'un risque pour la santé humaine, mais la direction générale de l'alimentation (DGAL) "nous a clairement dit qu'elle avait des doutes assez forts sur la bonne application de cette règle par plusieurs industriels", a déclaré Michel Lauzzana devant la commission des affaires sociales.

Ces "manquements potentiels" ont entraîné un signalement à la justice.

Si la présence de la céréulide n'a pas été détectée plus tôt, selon le rapport, c'est d'abord car elle ne fait pas l'objet de contrôle en routine puisqu'elle n'est pas identifiée comme un danger spécifique dans l'alimentation.

Toutefois, sa production n'est possible "que dans le cas d'une très forte prolifération du Bacillus cereus, dont la présence doit pourtant être contrôlée tout au long du processus de fabrication", pointe le document. Or cette contamination a duré plusieurs mois "sans que le fournisseur Cabio Biotech n'y remédie", ce qui "sème le doute sur la réalité des contrôles diligentés", révèlent les rapporteurs.

Aussi, ils déplorent les "moyens limités des autorités de contrôle" qui conduisent "à se reposer, de manière croissante, sur les autocontrôles des industriels".

-Communication "relativement tardive"-

Les rapporteurs se demandent "s'il n'aurait pas fallu d'emblée rappeler l'ensemble des lots contenant l'huile ARA en provenance du fournisseur chinois", plutôt que de laisser sur le marché "des produits potentiellement contaminés", en attendant les analyses.

Si les industriels estiment que cela aurait pu induire des pénuries, les rapporteurs jugent "toutefois qu'il importe de vérifier si [cette stratégie] n'a pas été essentiellement guidée par des considérations économiques".

"Agir sans disposer de tous les éléments aurait conduit à un rappel incomplet, voire erroné", a réagi Nestlé auprès de l'AFP, alors que la cellule investigation de Radio France, avec la RTS et la RTBF, ont révélé mardi que l'industriel aurait opéré des retraits "discrets" de produits contaminés. Nestlé "conteste fortement" ces allégations.

Pour l'association de défense des consommateurs Foodwatch, ce rapport montre que "certains industriels voulaient planquer l'information". Elle rappelle qu'une enquête préliminaire a été ouverte en janvier au tribunal judiciaire à Paris après sa plainte.

Autre "lacune" identifiée par les rapporteurs: la réactivité des autorités sanitaires, alors qu'il s'est écoulé "plus d'un mois" entre le début de l'alerte alimentaire et le déclenchement de l'alerte sanitaire. Il pointe aussi une communication "relativement tardive" envers les professionnels de santé, prévenus au bout de 17 jours, et soulignent les "impressions de confusion et de manque de transparence" des consommateurs.

Les conséquences sanitaires restent incertaines: en France, les autorités ont initialement signalé trois décès de bébés ayant consommé un lait rappelé. Mais pour deux d'entre eux, la responsabilité du lait a depuis été écartée.

Pour l'avenir, les rapporteurs émettent 14 recommandations, notamment de renforcer "les critères de référencement" des matières entrant dans la composition, comme l'huile ARA, et de renforcer les contrôles indépendants, à faire financer par les industriels.

Ils plaident aussi pour revoir la liste des substances réglementées par l'Union européenne et d'étudier "la possibilité d'y intégrer la toxine céréulide" et d'améliorer les procédures d'alerte et la réglementation pour les aliments destinés aux enfants.

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